Ces dernières années, nous avons constaté de plus en plus de mal-être chez les salariés Worldline France (les sondages GPTW et CARE le confirment). Toute l’entreprise étant de plus en plus sous tension (réduction des effectifs, turn-over / perte de compétences, consignes visant à abaisser les évaluations semestrielles, objectifs financiers), les comportements durs voire toxiques se répandent.
Depuis début 2023, nos élus CFTC ont ainsi dû lever plusieurs alertes pour différents types de Risques Psycho-Sociaux (RPS) sur des salariés (toujours avec leur accord) : risque de burnout imminent, présomption de harcèlement moral…
Après notre série « Mon burnout chez Worldline », nous publions aujourd’hui le témoignage d’un salarié ayant subi un arrêt de travail lié à une autre cause de RPS : les comportements toxiques de collègues. Le but est de sensibiliser les Worldliners à l’existence de ces comportements, et de leur donner quelques pistes pour s’en défendre.
La direction s’est bien trop souvent contentée de mettre ces situations sous le tapis, sans en traiter les causes ni adresser certaines conséquences, dans une approche visant principalement à limiter le risque juridique pour l’employeur. Le déni et la dissimulation ne sont pas à la hauteur de l’enjeu : votre santé mentale.
NB : nous anonymisons ce témoignage, le but n’étant certainement pas que des personnes soient reconnues et pointées du doigt.
Le témoignage
Lorsque j’intègre cette équipe, bien que mes collègues ne m’accueillent pas vraiment, le premier mois se passe correctement, avec des relations humaines correctes, cordiales.
Dès le 2ème mois, le ton de mon nouveau manager est tendu pendant nos face-à-face. Rapidement, le lien de travail avec lui évolue vers une relation dominant-dominé qui s’installe insidieusement, comme me le fait remarquer un ami. Je réalise alors que j’ai peur de lui, que j’appréhende chaque réunion en face à face. J’ai la boule au ventre avant chaque point, je sursaute à chaque communication Teams de sa part : « qu’est-ce qu’il va encore me demander ? »
Au bout de 2 mois, je me rends compte que cette situation ne sera pas vivable et viable sur le long terme. Je me mets officiellement en recherche d’une mobilité interne, la situation est officiellement acceptée par tous, ce qui me soulage – brièvement – car je pense que ça va aller mieux.
Mais paradoxalement, la situation avec mon manager se détériore d’autant plus, et rapidement. Il me parle mal, et comme je ne comprends pas le durcissement du ton, j’encaisse sans pouvoir répliquer.
Je sens que ma santé en prend un coup, j’essaye de tenir coûte que coûte par conscience professionnelle. Mon entourage remarque déjà que je me referme sur moi-même, que je n’ai plus l’air épanoui, que je suis souvent confus. Ma confiance en moi baisse.
Je subis des attaques verbales de mon manager, toujours en face à face (mon travail serait mauvais, soi-disant je ne bosserais pas). Je suis sanctionné par une augmentation individuelle nulle. Pour la première fois, je pleure dans les locaux de Worldline. Je réalise que mon manager est mauvais (ndlr : dans le sens « malsain »). Je me souviens avoir passé un week-end pourri suite à cela. A partir de ce moment j’ai pleuré plusieurs fois, toujours suite à des réunions en tête-à-tête avec mon manager. Il n’a jamais osé m’humilier ou me rabaisser devant témoins.
A cette époque, un ami me conseille d’envoyer un mail anonyme pour dénoncer ce que je vis, à l’adresse des représentants du personnel (il me fournit l’adresse mail). Sur le moment, je préfère ne pas le faire, car je crois encore (naïvement) que la situation va s’améliorer et que je vais pouvoir faire une mobilité interne.
A ce moment-là on me donne aussi une tâche qui ne correspond pas à mes compétences ni mon expérience, sur un outil que je ne connais pas, avec des gens dont je ne connais pas encore bien le métier.
Suite à cela, je subis un dénigrement désormais total de mon manager (sur ma personne, mes compétences). Je subissais déjà du flicage, du micro-management ; il s’accentue, et je le vis de plus en plus mal : je suis désormais en état d’anxiété généralisée. Je suis devenu une loque, je n’ai plus d’énergie, ma productivité baisse. A la maison, je suis à fleur de peau en permanence, je suis irritable avec mes proches.
Finalement, mon médecin me met en arrêt maladie. Et je demande l’aide des représentants du personnel, qui tenteront une médiation avec le management et les RH, sans résultat.
Pendant cet épisode affreux, qu’as-tu mis en œuvre comme ressources pour ne pas t’écrouler ?
L’accompagnement d’un psy, de la méditation, beaucoup de sport, les amis, l’apéro… le classique quoi.
Chez Worldline, as-tu trouvé du soutien du côté du management ? des RH ? de collègues ?
Personne ne m’a soutenu, à part mes collègues proches et les représentants du personnel.
J’ai eu un grand sentiment de solitude et d’isolement.
Un grand merci à ce salarié pour son témoignage courageux. Nous vous rassurons, aujourd’hui cela va mieux pour lui, il n’est plus dans cet environnement toxique et s’est reconstruit… mais hors de Worldline.
Conclusion : que faire si une situation semblable vous arrive ?
Vous ne savez pas quoi faire ? Ne restez pas seul, « demandez Angela » comme on dit pour le harcèlement de rue. Nous ferons toujours de notre mieux pour vous accompagner, chercher des solutions et faire cesser ces agissements.
Vous pouvez contacter discrètement :
- La CFTC (par exemple sur notre adresse mail externe cftc.worldline@gmail.com )
- N’importe quel Représentant du Personnel en qui vous avez confiance,
Si vous n’en connaissez pas, orientez-vous vers un membre de la Commission Locale de Prévention (CLP) de votre site ou de la Commission Santé Sécurité Conditions de travail (CSSCT)
Bien à vous,
L’équipe CFTC







2 commentsOn Du harcèlement moral chez Worldline ? Témoignages de salariés en RPS [1]
Un témoignage qui serre le cœur…
Et qui rappelle que les risques psychosociaux ne tombent jamais du ciel : ils prennent racine dans des pratiques qui abîment, parfois lentement, parfois brutalement.
Merci pour ce travail de mise en lumière. On en a tous besoin.
merci pour ton commentaire. Courage à toi