Edit : Cet article répondait initialement fermement à l’attaque d’un tract syndical. Après réflexion, nous republions aujourd’hui une version plus mesurée. Ce geste vise à préserver le dialogue entre organisations syndicales, dialogue que nous jugeons indispensable. Nous espérons cependant que les échanges futurs éviteront de tels dérapages, nuisibles à nos combats communs, et que chaque organisation respectera les différences mutuelles.
________________________________________
La CFTC se voit contrainte de marquer une petite halte afin de clarifier certains enjeux autour de la cession d’une partie de nos activités à Magellan Partners. La situation a hélas été rendue illisible, du fait d’une campagne d’une virulence inhabituelle, destinée à inquiéter et diviser.
La politique ou l’art de désigner l’ennemi
Nous ne pouvons qu’être attristés par le tract envoyé par un autre syndicat titré “La XXXX donne la priorité à la défense des intérêts des salariés de M&TS et de WL. La CFTC bloque, ce qui engendre une carence pour les salariés de M&TS.”). Mais, conscients du caractère anxiogène de la situation, nous tenons à dissiper les doutes et les appréhensions causés par cette communication syndicale qui nous a récemment pris pour cible.
Les sujets de préoccupation ne manquant pas, ce n’était certainement pas le moment de vous faire douter de vos représentants ou de leurs motifs.
C’est pour cette raison que, dans un premier temps, nous avions décidé d’ignorer les rumeurs et procès d’intention sur notre compte. Mais nous constatons qu’ils redoublent d’intensité et la dernière charge a causé pas mal d’inquiétudes, si on se fie au nombre de salariés nous ayant contactés dans son sillage.
Nous espérons que la lecture des informations qui suivent, en plus de vous rassurer (non le ciel ne va pas nous tomber sur la tête), fera retomber la pression. Hélas, réfuter la désinformation prend plus de temps que de la commettre1.
On retrouve souvent les mêmes auteurs et les mêmes ficelles : publications de tracts racoleurs, auto-promotion de leurs actions et parfois quelques menus privilèges glanés au passage. Une organisation syndicale va même plus loin et n’hésite pas à communiquer comme si elle était la seule à travailler en mettant à son crédit les fruits des combats collectifs.
On tente même de faire croire qu’un dispositif de RCC au fil de l’eau — aux conditions financières extrêmement minimalistes pour les salariés et négocié dans un accord de GEPP — serait préférable à un PSE, nécessairement négocié par les représentants et offrant des conditions bien supérieures.
Le vif du sujet : cession, filialisation, calendrier
Worldline France a pris la décision de céder une part très importante de ses activités via une filialisation suivie d’une cession à Magellan Partners. La méthode retenue : filialiser un bloc d’activités (la BU MeTS et plusieurs autres services), puis transférer l’ensemble « clé en main », y compris les structures et moyens de gouvernance — et, ainsi que le prévoit le législateur (et aussi à la demande de l’acheteur), un CSE déjà constitué.
La question sociale est évidente et lourde de conséquences. C’est précisément sur ce terrain que nous sommes attaqués.
Continuité de la représentation : désamorçons l’accusation
La charge à notre encontre insiste à raison sur le principe d’une représentation opérationnelle dès le J-0 de la cession.
La solution proposée consiste à repousser les élections professionnelles à février, pour coller au calendrier de la filialisation.
Problème : le mandat actuel arrive à échéance. Cette mandature a été élue il y a trois ans par une entreprise qui a profondément changé : des centaines de salariés sont partis, nombre de représentants aussi — notamment parmi les listes qui aujourd’hui nous attaquent, alors que leurs négociateurs ont profité d’un accord RCC très généreux pour la catégorie de population dont ils faisaient partie.
Dans ces conditions, la mandature actuelle n’est plus aussi représentative. Et sans une légitimité renouvelée et le poids massif des salariés derrière leurs représentants, le rapport de force pèsera lourdement côté direction et côté acheteur. Nous savons, par expérience, ce que cela produit : des accords médiocres signés trop tôt, alors que la négociation aurait pu aboutir à de meilleurs termes.
Pour une cession d’une telle envergure, la légitimité des représentants est essentielle
La CFTC le rappelle avec force : une opération de cette importance exige des mandataires pleinement investis d’un mandat clair et sans équivoque, et non des instances en fin de course, clairsemées par les effets de la RCC. Notre position est claire : une mandature pleine et entière, dotée d’une légitimité indéniable, est indispensable pour défendre avec rigueur et efficacité les intérêts des salariés.
Ce que montre — et ne montre pas — l’infographie du tract
L’infographie propose deux alternatives :
- La position dite de la CFTC : élections en novembre et « carence » de CSE pour les personnes transférées ;
- La position présentée comme vertueuse : prorogation des mandats jusqu’en février, puis deux élections en février — une pour la partie qui reste, une pour la partie cédée.
Où est le piège ? Il apparait en filigrane : si des élections sont possibles en février pour la nouvelle entité juridique, pourquoi présenter notre insistance au maintien d’une échéance électorale conformément au calendrier prévu comme l’équivalent d’un refus de doter la partie de l’entreprise cédée à Magellan Partners, d’un CSE ?
Déconstruction des attaques envers notre position
Décryptons sans détour les artifices rhétoriques utilisés :
- Le sophisme de l’épouvantail (en anglais : straw man, littéralement « homme de paille») est un sophisme ou un paralogisme qui consiste à présenter la position de son interlocuteur ou d’un adversaire en exagérant, en la déformant, ou en la simplifiant à l’excès afin de donner l’impression que cette position est indéfendable. Ainsi si vous êtes en faveur de plus d’heures de français à l’école, on vous accusera de vouloir détruire l’enseignement des mathématiques. Il en va de même pour la CFTC qui en étant en faveur du maintien des élections professionnelles en novembre, est accusée d’être contre la continuité de représentation pour les salariés allant chez Magellan Partners
- Le sophisme du faux dilemme : Il consiste à réduire votre choix à deux uniques alternatives alors qu’il en existe d’autres. En l’occurrence c’est soit la prorogation, soit le marasme social pour les salariés partant chez Magellan Partners. Ce qui est bien sûr absolument faux, la prorogation et les élections pour la nouvelle entité économique créée étant totalement décorrélées.
- Un appel à la peur 2 : on nous agite la menace du grand méchant repreneur (perte de congés, suppression des avantages, perte de l’ancienneté), le tout pendant une “période de carence” imaginaire. Les repreneurs ne débourseraient pas des centaines de millions uniquement pour organiser une fuite des cerveaux.
- Autorité morale questionnable : nous refusons qu’une organisation syndicale se donne le droit de porter un jugement moral sur notre décision de simplement faire respecter le calendrier des élections, alors que nous avons vu de nombreux membres des autres organisations abandonner leur mandat pour profiter de l’accord de RCC qu’ils avaient eux-mêmes négociés.
- Élections déterministes : l’idée selon laquelle le résultat d’élections passées détermine celui des élections à venir réduit les électeurs à des sujets inamovibles. Vos votes vous appartiennent : nul n’a à vous les confisquer par avance.
- Hiérarchie des voix et fantasmes de pureté : il est affirmé que la CFTC s’appuierait sur le poids électoral de MeTS pour asseoir une position qu’elle perdrait sans MeTS. Pourquoi le vote d’un salarié MeTS vaudrait-il différemment de celui d’un salarié FS ou MS ? Un employé MeTS n’a-t-il pas les mêmes attentes et les mêmes besoins que ses collègues FS ou MS?
Nous noterons au passage que les rédacteurs se positionnent en représentants des salariés qui partent lors des négociations de cession, mais ne veulent pas que ces derniers affectent du poids de leur vote l’ordre des représentativités.
- Approximation des règles de droit social : la cession porte sur une activité filialisée — c’est une organisation complète qui part. Étant donné l’ampleur de l’amputation, il n’est pas acquis que la structure sociale restante soit stable :
- Il est plus que probable que des élections auront lieu pour chacune des parties de l’entreprise résultantes de cette division (partie qui « reste » et partie qui « part »). Il n’est absolument pas certain qu’au vu de la modification extrême du périmètre et aussi du changement d’identité de l’entreprise, le CSE élu en novembre puisse se prolonger dans un des deux établissements ainsi créés. Des jurisprudences existent suggérant le contraire.
- Dans le scénario pas si probable qu’une partie du CSE existant soit préservé, si une vacance significative des élus est constatée, de nouvelles élections sont obligatoires ;
- Si le nombre d’élus restant est inférieur aux seuils légaux, des élections partielles devront avoir lieu3.

La direction a présenté le 24/09/2025 aux Organisations Syndicales une proposition visant à organiser 2 élections séparées (Merlin / MeTS d’un côté, Worldline de l’autre) dès cette fin d’année. Cela valide notre position depuis le début.
Notre refus de la prorogation : cohérence et conséquences stratégiques
Comme nous l’avons écrit en expliquant notre refus de la prorogation, notre ligne est claire et cohérente : nous ne voulons pas d’une prorogation artificielle. Cela ne compromet en rien l’organisation d’élections en février ou plus tôt, une fois la nouvelle entité juridique constituée. Ce que la direction propose est un faux dilemme visant à prendre les salariés MeTS en otage pour faire accepter un scénario allant dans le sens de ses intérêts. Nous refusons d’y céder.
Au-delà des enjeux démocratiques qui nous semblaient essentiels, il y avait des enjeux stratégiques dans le pilotage de nos décisions que les autres syndicats n’ont pas saisis.
Comme écrit plus haut, la direction n’avait quasiment aucun autre choix que l’organisation d’élections pour deux établissements distincts afin de permettre la revente à Magellan Partners d’une entité « clé en main » (confirmé aujourd’hui !).
Nous savions qu’adopter cette position pouvait nous exposer : impopularité, procès d’intention, accusations d’électoralisme, doute et confusion pour les salariés. C’est le risque que l’on a pris pour rester cohérents avec nos valeurs et surtout garantir le respect de vos intérêts. Tout notre travail depuis des années — l’énergie consacrée à vous représenter, vous informer et vous défendre — aurait perdu de son sens si nous avions accepté des décisions allant dans le sens des souhaits de la direction. Comme vous l’aurez sans doute constaté, nous sommes depuis quelques temps la cible d’attaques venant de la direction mais aussi d’autres syndicats. C’est peut-être que nous faisons quelque chose de bien. Ce sera à vous de décider en votre âme et conscience.
Conclusion : la démocratie plutôt que le chantage
Si vous jugez notre position injuste, hypocrite, fourbe ou calculatrice, incohérente ou irréfléchie, l’urne sera là pour vous donner la parole et nous sanctionner. C’est précisément pour que votre bulletin de vote compte — et compte vraiment — que nous prenons ce risque.
Nous n’avons pas choisi la facilité. Nous assumons le risque de la transparence et de la légitimité — parce que sans cela, notre rôle de défense des salariés n’a plus de sens.
Bien à vous,
L’équipe CFTC
[1] Selon le principe de la Loi de Brandolini : « l’énergie nécessaire pour réfuter une idiotie est toujours supérieure à celle qu’il faut pour la produire. » Face à des attaques à notre encontre — auxquelles on nous a malheureusement habitués — nous devons à nouveau remettre les pendules à l’heure.
[2] Le FUD — Fear, Uncertainty, Doubt — est une vieille ficelle : instiller la peur et l’incertitude pour détourner une audience. Dans le logiciel comme en politique, tout est bon : douter de la pérennité d’un produit, de la stabilité d’un accord, de l’intégrité d’un représentant. La politique recourt aux mêmes leviers, parfois jusqu’à la caricature : « c’est nous ou le chaos », « ils ne pensent qu’à leurs intérêts ».
[3] Pour être précis : nous sommes actuellement à 27 titulaires et 27 suppléants. Avec une division par deux des effectifs et sachant que nombre de nos élus proviennent de MeTS, les équilibres attendus placeraient le CSE restant plutôt autour de 22–23 titulaires et suppléants après recomposition — donc la nécessité d’un réajustement électoral serait loin d’être hypothétique.




5 commentsOn Elections : face aux attaques conjuguées de la Direction et d’autres syndicats, la CFTC répond
Bah, de toutes manières, je ne suis même pas certain que WL passe l’année 2026. Les résultats trimestriels qui seront annoncés le 21 octobre, seront très probablement cataclysmiques, et je ne serai pas surpris que l’annonce du plan de notre CEO qui sera fait le 6 novembre change bien grand chose.
Dans ce cadre, l’opération Magellan pour les salariés MeTS semble la meilleur option pour les personnes de cette GBL. En tous cas, ce sera probablement la moins pire. En tous cas, grand nombre de salariés non MeTS défilement dans les bureaux de smanagers MeTS pour savoir si il y a des places ! Cela n’est pas un signe de confiance en WL !
Je me demande même si WL tiendra jusque la ….. Pourquoi j’en viens à faire cette hypothèse ?
Le Day 1 a été avancé de plusieurs mois, j’imagine que PAV court après l’argent, comme un mort de faim de retours de Koh Lanta. J’imagine qu’il n’y a plus un ronds dans les caisses de la boutique. Sinon, pourquoi accélérer le mouvement ?
Qui vivra verra, mais tout cela ne me dit rien qui vaille …..
Oh, quelle tirade dramatique ! On dirait un scénario de série B où tout le monde court après un trésor imaginaire pendant que le bateau coule. Tu alignes les suppositions comme un devin avec une boule de cristal en panne : “cataclysmiques”, “plus un rond”, “mort de faim”… Sérieux ? Les résultats trimestriels ne sont même pas encore sortis, et tu joues déjà les Cassandre. Quant à l’opération Magellan, on dirait que tu la vends comme un ticket pour le dernier radeau. Et cette histoire de salariés qui “défilent” pour quémander une place, c’est quoi, un remake de The Walking Dead version open space ? Peut-être que PAV avance le Day 1 pour des raisons stratégiques, pas parce qu’il gratte les fonds de tiroir. Mais bon, continue de broder ton apocalypse, on verra bien le 21 octobre si t’es Nostradamus ou juste un champion du catastrophisme. En attendant, prends un café, ça détend.
ça va ton ulcère ? Il ne te fait pas trop souffrir ?
Bon, plus sérieusement, mis à part tes attaques personnelles, d’autres arguments ?
Bonjour Paisible,
merci pour ton commentaire.
Nul ne prétend que la situation laissée par l’équipe dirigeante précédente soit idyllique. Nous faisons face à un endettement important, avec des taux d’intérêt qui rendent chaque refinancement plus coûteux, et nous avons de nombreux défis de transformation devant nous. Mais avec de bonnes décisions et une direction prête à sortir des sentiers battus, rien n’est perdu pour l’instant. Cela ne veut pas dire que nous baissons la garde, loin s’en faut.
S’agissant de notre besoin de financement, les éléments dont disposent aujourd’hui les représentants ne permettent pas d’abonder dans le sens d’hypothèses aussi alarmistes, et nous espéronsen restant très vigilants que l’avenir apportera la preuve du contraire.
Quant à l’avenir des salariés concernés par la cession, nous partageons ton point de vue. Les sociétés de conseil semblent chercher à se diversifier ; pour Magellan Consulting, cela prend la forme de ce rachat. L’inquiétude n’est donc pas trop de mise.
Quelques élements de reflexion
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-decryptage-eco/le-cabinet-de-conseil-accenture-se-separe-de-ses-salaries-depasses-par-l-ia_7492891.html
Mobile Sliding Menu
L’accord visant l’égalité professionnelle chez Worldline in a nutshell
Un accord relatif à l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes au sein de Worldline a été signé
Read More...Les inégalités professionnelles chez Worldline
Ce premier chapitre de notre journal "Des souris & des ogres" s’appuie sur les travaux du cabinet Sextant1, mandaté
Read More...Des souris et des ogres été 2018
Dans la continuité du travail réalisé ensemble l’année dernière, nous vous proposons aujourd’hui un nouveau dossier sur la rémunération. Nous
Read More...La politique salariale 2018 chez ATOS et chez Worldline
Les négociations relatives à la politique salariale et au partage de la valeur ajoutée se sont terminées récemment sur
Read More...La structure de rémunération chez Worldline 2018
La structure de rémunération chez Worldline Chaque année, il nous semble important de la partager ensemble. Elle est organisée par
Read More...