La politique salariale 2024 décidée par la direction prévoyait une forte augmentation générale (de type « flat ») de manière à compenser pour tous les salariés l’inflation qui vient grever notre pouvoir d’achat. C’était également le cas des politiques salariales des années précédentes. Mais, d’après des témoignages de salariés, certains managers décident régulièrement de contourner cette politique. Décryptage.
Rappel de la politique salariale 2024
Annonce de la direction dans le mail « Politique salariale / intéressement » du 29/04/2024 :

Une politique salariale théoriquement favorable aux bas salaires
Cela devrait mathématiquement donner de meilleures augmentations (en proportion) aux faibles salaires qu’aux hauts salaires : 1001€ d’AG (Augmentation Générale) représentent 2.5% d’augmentation pour un salaire de 40 000€ annuels, contre seulement 1.67% pour 60 000€ annuels. Le budget d”AI (Augmentation Individuelle) est quant à lui sensé être réparti équitablement entre tous les niveaux de salaires.

Un grand merci au salarié auteur de ces graphiques, qui nous a autorisé à les diffuser à tous les salariés !
Des mesures mal appliquées
Or, dans certains périmètres, les managers se permettent de contrecarrer cette logique. Ils viennent “compenser” ce déséquilibre (voulu) que représente l’AG “flat” en donnant aux bas salaires des AI inférieures à la moyenne de 1.5%. Ils utilisent pour cela une justification qui ne correspond pas à l’esprit des Augmentations Générales (AG) et Augmentations Individuelles (AI).
Prenons l’exemple d’un salarié aux performances standard, gagnant 40 000€. Lors de l’exercice d’augmentations 2024, il mérite l’AI moyenne de 1.5%, et doit toucher l’AG de 1001€, soit 2.5%.
Dans l’esprit, il doit donc toucher 4% d’augmentations soit 1601€ (2.5% d’AG et 1.5% d’AI soit 1001€ et 600€).
Hélas, son manager attribue à ce salarié seulement 3% soit 1200€. Mais ce manager habile s’en sort en expliquant que 3% est dans la moyenne du budget total d’augmentations ! Mais faites le calcul, ce salarié touche alors l’AG standard de 1001€ (qui représente 2.5% de son salaire), mais il touche seulement 200€ d’AI, soit 0.5% de son salaire (alors que la moyenne des AI est de 1,5%) ! Ses performances et son potentiel standards ne sont donc pas valorisés à leur juste valeur.
Rappelons que les augmentations individuelles visent particulièrement les salariés ayant « du potentiel », sur lesquels la direction souhaite investir pour l’avenir. En l’occurrence, avec son “narratif”, le manager fait croire au salarié qu’il investit réellement sur lui, alors qu’il lui attribue en réalité une AI assez chiche.
Ces managers gardent ainsi une partie du budget d’augmentation (400€ dans notre exemple), ce qui leur permet potentiellement de gratifier plus généreusement d’autres personnes (comme les hauts salaires).

Comment debunker le discours d’augmentation de votre manager
Comment ne pas se faire avoir ? C’est simple : lors de votre entretien d’augmentation, demandez à votre manager de vous fournir tous les chiffres :
- Votre Augmentation Générale (montant)
- Votre Augmentation Individuelle (montant, pourcentage)
- Le pourcentage moyen d’Augmentations Individuelles chez Worldline France (1.5% pour 2024)
- Le total (votre montant)
Ainsi, il ne pourra plus vous faire croire qu’il vous attribue une augmentation globale moyenne, alors qu’il vous attribue en réalité une Augmentation Individuelle inférieure au budget moyen…
En cas de crainte, ou de manipulation avérée n’hésitez pas à vous faire conseiller par vos représentants du personnel (CFTC ou autre).
Mais que fait la direction ?
Le DRH France a confirmé lors du CSE de septembre 2024 que ces pratiques managériales n’avaient pas lieu d’être. Il adressera à tous les managers un rappel des consignes lors du prochain exercice d’augmentations. Sujet à suivre de près au moment de la prochaine vague d’augmentations, en 2025.
Bien à vous,
Toute l’équipe CFTC




4 commentsOn Augmentations : où va l’argent ?
Encore faut-il que le manager ait ces “1.5%” de budget pour l’AI (et non 0.90%) et que “quelqu’un” ne repasse pas derrière lui pour faire des modifications sans l’avertir ni discuter… ce qu’il ne découvre qu’au moment de vérifier les chiffres pour les annoncer.
Merci pour ton témoignage / commentaire… effectivement il y a beaucoup d’opacité dans le processus, ce qui ouvre la voie à ce genre de manoeuvres scandaleuses 🙁
Je trouve cette vision très manichéenne. Forcément les managers auraient de mauvaises intentions, face à des employés irréprochables. Mais dans quel intérêt ? Pas le leur en tout cas.
Il serait bon de rappeler que le seul objectif des managers est l’intérêt collectif, la volonté de garder les meilleurs ressources, et de récompenser tout le monde avec des budget plus que limités.
Il serait également bon de discuter avec les managers de terrain et d’essayer de comprendre leurs problématiques, plutôt que de les opposer à leurs équipes et les jeter en pâture sur la base d’un témoignage. Et pourquoi pas les défendre aussi un peu (les syndicats ne sont pas sensés ne défendre que les non-managers)
C’est bien de vouloir augmenter les bas salaires. Mais si on perd tous les expérimentés, ça va devenir compliqué d’assurer la continuité du service.
Et arrêtons d’attiser la défiance, ça ne fait que créer un très mauvais climat. Faites un peu confiance aux managers, ce sont les mieux placés pour prendre ces décisions.
Bonjour TL,
Merci pour ton retour.
Le but de cet article est bien de donner les outils aux salariés pour faire valoir leurs droits et obtenir des éléments permettant réellement de comprendre leurs augmentations.
Peut-être que l’article peut donner cette impression de créer de la défiance, mais ce n’est pas notre intention. Cautionner les discours trompeurs de certains ne fait pas partie des missions syndicales.
Nous ne nous basons pas sur un témoignage mais de multiples témoignages, non seulement l’an dernier mais les années d’avant aussi.
Nous sommes d’accord que la majorité des managers se soucie de l’intérêt général et subit plus qu’autre chose les contraintes venues “du dessus” comme la contrainte d’accord une AI de 0 à 25% de l’effectif. Comme on le voit dans GPTW, les salariés étaient majoritairement contents de leur management de proximité, beaucoup moins du top management.
Notre équipe compte des managers, ce qui fait que nous avons connaissance des problématiques que tu mentionnes. Nous avons bien écrit dès le début que “certains managers” ont des pratiques de communication contestables, nous n’avons pas tiré de généralité. Mais certains périmètres de plusieurs dizaines de personnes sont concernés.
Bien à toi,
L’équipe CFTC
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