La direction restreint les tracts syndicaux

In Moyens IRP, Négociations

En juin dernier, la direction avait bloqué pendant 2 semaines la diffusion du tract intersyndical contenant un sondage vous interrogeant (vous, salariés Worldline) sur une grève éventuelle. Le droit du travail l’avait contrainte à le diffuser, mais la direction avait fait savoir qu’elle prendrait les mesures pour mettre fin à ce droit qu’avaient les syndicats de faire diffuser des mails par les syndicats.

Et le 13 décembre dernier prenait effet l’arrêt des tracts syndicaux. La direction laissait alors entendre qu’une négociation en cours sur le sujet allait faire évoluer la situation, mais mi-février, la DRH a fait volte face pour unilatéralement annoncer la reprise de l’envoi de tracts syndicaux. Enfin… sous un nouveau format extrêmement contraint qui en limitera nettement l’impact.

Jugez plutôt !

Les nouvelles restrictions

Les 11 tracts par an et par Organisation Syndicale sont restaurés, mais les tracts qui étaient prévus à chaque fin de négociation sont a priori supprimés.

“Les tracts, seront envoyés dans la mesure du possible par la Direction dans la semaine suivant leur réception [de la part délégués syndicaux], hormis les périodes des congés estivaux où ce délai pourra être supérieur.”


Cette formulation volontairement floue impose des délais plus longs et à géométrie variable (c’était 3 jours ouvrés fermes jusqu’ici – rarement respectés d’ailleurs) pour une tâche très simple (diffuser un mail). Ce serait inacceptable dans toute autre relation contractuelle… En fait, cela trahit simplement le fait que la RH en charge de relire ces comm’s est débordée de travail. Comme elle édicte ses propres règles en écrivant ce texte, elle s’exonère ici de toute contrainte forte, se laissant largement le temps d’escalader vers sa hiérarchie si elle l’estime nécessaire. (NB : la légimité pour la direction de forcer la relecture des contenus syndicaux à destination des salariés est par ailleurs discutable…)

La direction faisait déjà traîner systématiquement les diffusions, forçant les représentants à relancer de manière incessante ; elle pourra désormais les retenir plusieurs semaines sans fournir de motif sérieux. Ce texte taillé sur mesure lui permettra d’enrayer la capacité de vos représentants à vous informer dans des délais raisonnables sur des sujets urgents qui vous impactent pourtant en premier lieu. Ainsi, si une nouvelle mobilisation devenait nécessaire, il est certain que le format imposé ne permettrait plus le même type d’actions que celles menées en 2022.

Mais la suite de la lecture révèle d’autres pépites…

Charque (sic) tract à diffuser doit répondre obligatoirement aux caractéristiques suivantes :
• Tract de format A4 21 x 29,7 sur 2 pages maximum, c’est-à-dire correspondant à l’impression de la totalité du tract sur deux pages A4 21 x 29,7 si le tract est imprimé, et n’excédant pas 1Mo

Seulement deux pages de texte, on retrouve le souci de la RH de ne pas se donner trop de travail de relecture. (appréciez la verbosité, par ailleurs). Conséquence évidente : le nombre de sujets qu’on est en capacité d’aborder dans une newsletter sera très limité.

• Tract ne comportant aucun lien cliquable ou autre moyen de quelle que sorte qu’ils soient permettant d’accéder à un autre support, comme par exemple (liste non exhaustive) aucun lien hypertext (sic), QR code, lien audio, lien vidéo, liens renvoyant à un article de presse,…
Par exception, il est accepté pour chaque tract :
o un lien cliquable renvoyant à la page d’accueil du site internet officiel de l’organisation syndicale envoyant le tract syndical
o quatre adresses de courrier électronique (email) d’un salarié de l’UES Worldline titulaire d’un mandat syndical au sein de celle-ci, sur lesquelles il sera possible de cliquer directement.

Pas de liens vers un sondage, un article, vers un réseau social, vers une mailing-liste,… Prenons ensemble la mesure de l’archaïsme de ces règles qui pour une boîte d’IT en 2023, rappellent plus l’ère des premières presses d’imprimerie que celle de la tranformation numérique. Qu’est-ce que cela dit de nos dirigeants ? Comprennent-ils le monde de l’IT de 2023 ?

Les tracts CFTC particulièrement visés

De fait, cet édit vise le format newsletters CFTC habituel, qui vous proposait l’accès à différents articles sur notre site. Il s’agit de nous faire revenir dans le rang et à l’instar des autres syndicats, nous forcer à faire entrer tout le contenu dans le corps du mail, et à limiter le nombre de sujets abordés.

La direction n’a d’ailleurs jamais fait secret de sa réprobation à propos des contenus que la CFTC proposait aux salariés, nous demandant fréquemment de les amender, voire d’en purger certains passages. Il est vrai qu’elle aurait aimé que certaines des problèmatiques abordées, telles que les burn-out ou le turn-over soient passées sous silence ou que le ton employé n’intente pas à sa crédibilité.

Notre liberté d’informer et de dire la vérité est pourtant essentielle pour défendre vos intérêts et vos conditions de travail. La vérité libère et permet la réflexion, tandis que le silence autorise toutes les dérives.

Vous avez dit “dialogue social” ?

Pourtant avant ce décret, les représentants avaient consenti certaines concessions pour tenter de rapprocher les points de vue :

  • maximum 4 liens par tract
  • les liens devaient pointer vers des articles ne contenant eux-mêmes aucun lien hypertexte
  • hors quota, possibilité d’avoir quelques liens vers les réseaux sociaux en footer

Certains membres de notre équipe syndicale trouvaient d’ailleurs que nous avions déjà lâché trop de lest. Las, aucune de ces propositions n’aura été retenue par la direction. Preuve s’il en est que tenter d’apaiser le dialogue social n’est une bonne idée que quand les deux parties sont de bonne foi.

La direction annonçait dans la presse que le dialogue social était “primordial”, dans ses mails institutionnels qu’elle souhaitait un dialogue social harmonieux et apaisé, ou en CSE qu’elle voulait “tirer les conséquences” du mouvement social de fin 2022, “rebâtir la confiance”, “rebâtir un collectif de travail soudé”.

Elle sort donc un peu plus du bois, en dévoilant l’état d’esprit qui l’anime, fait de condescendance et de défiance vis-à-vis du dialogue employeur-salariés. L’heure est donc aujourd’hui au muselage assumé. Il s’agit ici pour la direction de protéger son storytelling qu’elle nous assène à longueur d’années à coups de mails. Ce discours qui embellit artificiellement l’entreprise, qui évoque le moins possible les réalités moins reluisantes (turn-over, GPTW, mouvement social), afin d’influencer vers le haut les opinions des salariés de plus en plus mécontents. Cela ne dure qu’un temps : chacun constate les écarts entre les valeurs que l’entreprise arbore et celles qui l’animent vraiment.

Les communications syndicales, un irritant pour la direction

Il aura donc suffit que les syndicats sortent de leur réserves en conviant les salariés à s’exprimer via un sondage, pour mettre le feu aux poudres. L’empowerment a quand même des limites… Ainsi, le dialogue social ne semble acceptable que quand il prend la forme d’un monologue.
Selon nous, cela correspond à l’expression d’une culture bien à l’oeuvre dans l’entreprise consistant à faire taire les paroles divergentes, pourtant indispensables à l’emergence des idées innovantes qui nous font tellement défaut.

Ils s’en prennent au messager, ils n’arrêteront pas le message !

Cette manoeuvre autoritaire et malvenue, ne saura nous brider. En réalité, dans un monde de plus en plus ouvert et plein de possibilités, ces mesures visant à nous donner moins d’écho ont eu pour effet notre émancipation et nous ne nous tairons pas. Notre nouvelle mailing-liste (abonnez-vous !), nos comptes Twitter et LinkedIn, ce site, tout va tourner à plein régime. Les autres organisations syndicales se sont aussi outillées en ce sens.

Aussi, aux discours très orientés de la direction qui tendent à nous dicter ce que nous devrions penser, nous préférons un discours faisant appel à votre intelligence et à votre sens du collectif, un discours qui vous expose les faits et vous laisse vous faire votre propre opinion. Un discours qui vous considère comme des adultes responsables et souverains de leur perception et de leur décisions.

En conclusion

Nous ne perdons pas de vue que même amoindris, ces tracts seront utiles. Dans d’autres entreprises, les tracts circulent uniquement au format papier, ou vers les quelques salariés qui s’abonnent explicitement aux newsletters. Mais ne nous satisfaisons pas de ces miettes, la portée symbolique de ces restrictions imposées est très inquiétante : la liberté d’informer et d’être informés est un droit que nous jugeons fondamental, surtout dans une période de ralentissement économique et de crises permanentes, qui va demander solidarité et transparence. Ces vertus sont bien plus importantes que les petites certitudes de plus en plus dérisoires que nous voyons ici à l’oeuvre.

Bien à vous,
Toute l’équipe CFTC

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One commentOn La direction restreint les tracts syndicaux

  • La réponse de la direction est à nouveau la preuve de son amateurisme. Couper tout moyen de communication interne, impose des moyens de communication externe. Entrainant une visibilité plus forte du monde extérieur sur ce qui se passe à l’intérieur.
    Bref, l’entreprise finira par tourner à 100% en Xshore, offshore ou via des alternants/stagiaires.

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