Grève – bilan : pourquoi la CFTC n’a pas signé d’accord de fin de grève avec la direction

In grève

L’arrêt de la grève a été voté par les salariés lors de l’AG Zoom de mardi 13h30, par une assez faible marge (53% pour, 47% contre). Lors de cette conf-call, les salariés se sont vu rappeler les conditions de sortie proposées par la direction (grosso modo 100€/mois à partir de juillet pour les salaires < 60k€ / an, pas de clause de revoyure, et pas de paiement des heures de grève). Chaque syndicat a pu exposer sa vision.

Suite à ce vote, les 2 syndicats majoritaires (CFDT et CFE-CGC) nous ont indiqué qu’ils allaient arrêter l’appel à la grève. Nous avons donc fait le même choix, qui s’imposait, et au final c’est toute l’intersyndicale qui :

  • a refusé de signer un accord de fin de grève avec la direction
  • a appelé à l’arrêt de la grève, pour que la direction applique sa proposition d’augmentation.

Du positif !

Il est très important de se réjouir des éléments positifs lorsqu’il y en a, nous ne voulons pas être des syndicalistes sinistres ! Alors listons-les :

La direction a été bousculée et avertie

La DRH France ne croyait pas à cette grève. En septembre, elle a fait mine de répondre au mouvement en proposant des mesurettes insignifiantes. Au final, même si ce mouvement a été long, elle a fini par réagir au mécontentement global des salariés, et a dû sortir le carnet de chèques pour stopper le mouvement.

Elle sait qu’elle ne peut plus négliger le dialogue social et mépriser les représentants des salariés comme elle l’a fait ces dernières années.

Nous avons (ré)appris à faire grève

Côté syndicats et côté salariés, nous n’avions plus eu besoin de faire grève depuis longtemps. Pour nombre d’entre nous, ce fut la première grève.

Vous connaissez mieux le droit du travail, en la matière, la procédure pour se déclarer.

Les syndicats savent mieux gérer la durée entre 2 jours de grève, collaborer en intersites et en intersyndical, animer une AG…

Nous savons tous mieux ce qui indiffère la direction (les grèves symboliques par demi-journées), et ce qui la fait réagir (la médiatisation, les clients qui s’inquiètent, les risques de “salles blanches” chez les exploitants)…

Une intersyndicale revigorée, sous notre impulsion

Nous (CFTC) avions fait du travail intersyndical une de nos valeurs cardinales. Nous avons joint le geste à la parole.

Pour faire cette grève, le travail intersyndical a été incontournable, depuis l’envoi du sondage à l’AG de sortie de grève. La CFTC a fait plus que sa part dans la coordination des sites et des syndicats. Nous avons initié le mouvement, organisé la plupart des réunions (rédaction de tracts, débrief post-AG…) et des AG Zoom, et nous avons créé et géré tous les médias intersyndicaux (adresse mail, compte Twitter, site intersyndical, sondages Framaform, Qruiz, Evalandgo).

Un goût d’inachevé

Cependant pour nous cette décision a été clairement insatisfaisante, car nous considérons que plusieurs rancoeurs et problèmes structurels ne sont pas réglés par cette augmentation.
Certaines rancoeurs sont anciennes et ont contribué à “générer” le mouvement de grève, d’autres sont liées au déroulement de la grève.

1 – L’augmentation va d’abord profiter aux non-grévistes

La DRH, en refusant de payer la moindre heure de grève, laisse une forte amertume à bcp de grévistes.
Le pouvoir d’achat des salariés (payés moins de 60K€/an) qui n’ont pas fait grève va bénéficier dès juillet 2023 de l’augmentation.

Mais pas les grévistes qui ont investi / sacrifié leur pouvoir d’achat !
Ceux qui ont le plus fait la grève (4.75 jours, soit ~ 35h) et ont perdu entre 600€ et 1000€ bruts. Si l’on considère qu’on a obtenu 60€ mensuels d’augmentation (les 100€ obtenus sont à comparer avec les 40€ accordés à certains en 2022) versés à partir de juillet, ils auront “renfloué” leur investissement (ou leur sacrifice, selon comment on voit les choses) courant ou fin 2024 !

2 – Manque de reconnaissance du professionnalisme des salariés

Nous sommes d’autant plus gênés que le paiement des jours travaillés est assez standard en fin de grève (voir chez nos collègues d’Ingenico par exemple). Nous regrettons de vous avoir laissé espérer sur ce point. Nous pensions, à tort 🙁 que la direction y serait ouverte. Mais elle s’y est montrée très fermée, adoptant une position dogmatique et non pragmatique. C’est d’autant plus écoeurant que les salariés ont été très professionnels jusque dans la grève ! Ils ont pris soin de pénaliser le moins possible l’entreprise et les clients : les exploitants ont organisé un service minimum, les salariés ayant trop de travail se sont souvent abstenus de faire grève (ou ont travaillé pendant leurs heures de grève), peu de salariés ont suivi la consigne de message d’absence ou de signature…
Sur ce point, nous pensons qu’un syndicat a beaucoup affaibli le pouvoir de négociation en acceptant une sortie de grève sans négocier au-delà des 100€ d’augmentation.

Si rien n’évolue, nous demanderons à la direction d’ouvrir aux ex-grévistes la possibilité de convertir 5 jours de congés en argent, mais ce serait un pis-aller.


3 – Le turn-over ne va guère fléchir

L’augmentation générale accordée (1.4% sur une année complète) n’est pas suffisante pour compenser le retard de nos salaires par rapport au marché. Donc le turn-over risque de rester haut, en particulier sur les sites où le marché de l’IT foisonnant est favorable aux salariés et provoque beaucoup de démissions (Villeurbanne, Seclin…). Avec tout l’impact que l’on sait sur nos conditions de travail (équipes sous-staffées, pertes de compétences et de connaissances…).

Voilà pour notre bilan. Le temps nous permettra sans doute de tirer d’autres leçons. Les mois qui viennent nous diront si la direction revient à un dialogue social ou si elle souhaite rester dans le rapport de forces.

N’hésitez pas à réagir dans les commentaires ci-dessous pour que nous comprenions votre ressenti. Nous avons déjà eu quelques réactions sur Twitter. Vous pouvez aussi écrire à l’intersyndicale ( intersyndicale.worldline@gmail.com )

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