Un salarié a accepté de répondre à nos questions désormais habituelles. Vous allez le sentir dans ses réponses, il s’est beaucoup donné dans son travail, sans forcément avoir le sentiment de recevoir en retour de l’entreprise, d’où un ton parfois acerbe.
Rappelons qu’il s’agit d’un témoignage d’un individu et non de la parole de la CFTC. S’il n’y a pas lieu de généraliser, cet article reflète un ressenti bien réel d’un ex-salarié et met en lumière certaines pratiques ayant parfois cours dans l’entreprise, et l’état d’esprit qui peut en résulter chez une partie des Worldliners. Le but étant de permettre aux représentants du personnel d’engager le dialogue avec la direction sur ces sujets.
Merci à lui pour ses réponses riches et étayées, et bonne continuation !
Quelles sont les raisons de ton départ ?
Il y a en réalité plusieurs raisons qui motivent mon départ, et c’est le tout qui m’a permis de me motiver à rechercher et trouver mieux ailleurs.
Si je devais classer les critères, ils sont, du plus important au moins important :
- Le salaire
C’est un grand débat chez WL, et je ne suis pas le seul qui suis motivé à partir pour cette raison. Mais mon bas salaire chez Worldline cache en réalité une toute autre philosophie de l’entreprise.
Je suis arrivé de base avec un gap de 3k par rapport à un alternant INSAlien (par exemple), gap qu’on m’avait promis de réduire au fur et à mesure des années et des revalorisations/évolutions de postes. Gap qui (vous vous en doutez) n’a jamais été comblé malgré la « grande revalorisation » de 2018. Car cette revalorisation a affecté tout le monde, donc j’ai conservé logiquement ma différence.
Je ne comprends déjà pas cette différence à l’embauche. Quand on te dit que tes projets persos ou expériences de l’école ne sont pas valorisables lors de tes entretiens d’embauche, c’est une discrimination au même titre que le gap féminin/masculin : ça n’aurait jamais du traverser l’esprit de quiconque, et ça devrait être annihilé sans y réfléchir.
Au-delà de ce gap, ça fait 3 ans que je sais que je suis payé moins cher que les nouveaux arrivants. C’est de base une situation que je juge inadmissible et inacceptable. Et pourtant, malgré plusieurs relances de ma part sur ce sujet, je n’ai jamais obtenu satisfaction. Pire : on m’a toujours dit que je mentais ou que les chiffres que j’annonçais étaient faux. Pourtant, ce sont des chiffres que je confirmais car ils provenaient de collègues de confiance.
Petit à petit, cela a contribué à réduire ma motivation à faire les choses bien, ou à faire des efforts.
- Le manque de confiance avec la direction
Je pense ne rien apporter de plus que les rapports tirés des syndicats. Tout est déjà dit.
D’un point de vue personnel, je ne suis plus aligné avec les nouvelles valeurs de Worldline. J’avais rejoint Worldline pour ses valeurs au début, et le changement opéré par la direction ne m’apporte pas de confiance pour le futur. Un peu comme les investisseurs qui font chuter le cours du titre de 30% suite aux deux derniers Earnings… (ah ah, dommage pour mon PEE, mais c’est mérité).
Je pense que la stratégie employée par Worldline va finir par nous retomber dessus, dans le sens où les investissements et rachats massifs ne permettent pas de corriger les problématiques rencontrées : manque d’effectifs, manque de moyens / investissements sur des solutions maison qui pourraient pourtant être des vitrines…
Je n’ai plus confiance non plus en notre direction, il y a eu trop de ce que j’estime être des mensonges. La mascarade de communication lors du COVID est la preuve d’un amateurisme, selon moi. Par ailleurs, passons sur le copinage qui permet à certains de nos chefs d’être à leur place actuelle.
- Les projets
J’ai fait l’erreur d’accepter de rejoindre à plusieurs reprises des projets en difficulté, pensant pouvoir en obtenir une certaine reconnaissance, quand tout le monde autour refusait d’y travailler. Ca n’a pas été un grand succès. Et ça a joué sur le développement de mes compétences : technologies dépassées, pas de vrais process, pas de montée en compétence « propre » ou « utile » et « exploitable » en dehors du dit projet.
De plus, j’ai vraiment l’impression, dans les départements que j’ai rejoints tout du moins, que WL manque cruellement d’innovation. La plupart des process que nous utilisons sont dépassés. Entre autres, les projets sont difficilement attractifs ou n’offrent pas de réelles opportunités.
- Les sous-effectifs qui ne sont pas une surprise
Je crois que je n’ai jamais parlé avec des collègues de Lyon qui m’ont dit un jour « on est assez staffé sur notre projet ».
Ce n’est donc pour moi pas un problème – d’un point de vue de la direction – mais plutôt une volonté justement. Après tout, ce n’est pas leur problème car ça retombe sur les bons petits soldats en bas de l’échelle.
Quand tous les projets sont sous-staffés, c’est que le problème est ailleurs.
Qu’est-ce que tu as aimé chez Worldline ?
L’ambiance dans mes équipes. J’y ai moi-même contribué, mais dans l’ensemble j’ai toujours rejoint des équipes dynamiques et, avant le confinement, c’était sympa de se retrouver tous ensemble le matin et de participer à des activités « after work » : karting, barbec, bowling…
La confiance accordée par mon management de proximité : on m’a confié des missions difficiles dès mon arrivée, et on m’a fait confiance pour évoluer rapidement avec plus de responsabilités. Ç a ne s’est pas toujours très bien passé, mais j’avais du soutien de mon management.
Pour autant, quand mon manageur était en congé, j’ai eu le droit à tout l’inverse : un management « de proximité » m’a donné consigne de prioriser d’autres tâches. Et de me promettre « t’inquiète pas pour ton client, on va temporiser pour toi pour que tu puisses te concentrer sur un autre client ». Donc avis un peu mitigé mais ce n’est techniquement pas la faute de mon manageur. Juste une promesse pas tenue – pour changer – .
Qu’est-ce que tu n’as pas aimé chez Worldline ?
- Les projets toujours sous staffés/sous financés.
- Les commerciaux qui vendent des choses qu’ils ne comprennent pas / qui ignorent les avis des devs pour être sur de décrocher l’offre / qui vendent de l’impossible ou de l’aberrant
- La non reconnaissance dans le département MTS
- La direction
- Les mails de la direction qui disent « on a le plaisir de vous annoncer que nous avons pris une décision unilatérale »
- Les fausses promesses : de salaire, d’évolution, de « missions » sur un poste (on enjolive beaucoup les missions qui devront être faites, lors des job coffee/fiches de postes externes. Quand je suis sur un projet et qu’on me demande de valider la description d’une fiche de poste pour recruter dans mon équipe, j’ai souvent envie de tout barrer et je préfère ne pas recruter que de recruter quelqu’un en lui faisant de fausses joies à Je dis ça parce que je l’ai vécu).
- Être traité de menteur au sujet des salaires (comme si on ne parlait pas de nos salaires entre collègues)
- Qu’on “perde les radars” (traduire par : voir notre interessement diminuer d’année en année).
Bref, le mot d’ordre de tout ça, c’est surtout : un manque évident de transparence et d’honnêteté.
Si tu pouvais changer un truc chez Worldline, qu’est-ce que cela serait ?
A peu près tout ce que j’ai dit ne pas aimer, les raisons de mon départ.
Au lieu de s’amuser à changer 3 fois dans l’année le branding, et de faire croire aux investisseurs ou clients que nos valeurs sont « trusting », « transparency », « quality » et j’en passe… on ferait mieux d’arrêter d’être des marchands de tapis et de s’affairer pour de vrai à fournir de la qualité à nos clients. Car chacune de « nouvelles valeurs 2021 Worldline » ne sont que de la poudre de perlimpinpin ( 😉 )
Il y a bien plus d’une chose que j’aimerais changer chez WL, mais si on devait commencer par un truc, c’est bien ça : commencer par être honnêtes avec nous-mêmes, nos salariés et nos clients.
J’ai entendu trop souvent « modifie ton mail parce que ça montre qu’on a mal géré la situation et faut pas le dire ». Des choses de ce genre. Et de l’autre côté on va frapper le client avec un avenant dès qu’il veut corriger une faute de frappe. Commençons à assumer nos fautes, sans chercher à tout prix un responsable pour l’enterrer. Soyons plus honnêtes, instaurons une vraie relation de confiance avec nos clients, plutôt que de vendre du rêve avec des nouvelles couleurs (très moches par ailleurs).





