La bataille des risques

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Après des semaines de travail du CSE et une grosse implication des élus CFTC, nous attendions avec impatience la réunion plénière du CSE du 18 février 2021 afin d’entendre la direction Worldline se positionner sur le programme alternatif de prévention des risques professionnels au sein de notre entreprise.

Malheureusement la réponse de la direction est loin d’être à la hauteur de nos attentes. En substance, elle s’est contentée de feindre l’indifférence et a balayé d’un revers de main désinvolte l’ensemble des propositions du CSE.

Retour sur notre déception.

Le programme de prévention des risques professionnels

Chaque année la direction doit  réglementairement établir un programme de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail. Chez Worldline, cela n’a pour l’instant jamais été fait, la direction semblant considérer que ce programme obligatoire n’est pas nécessaire dans une entreprise où « tout va pour le mieux ».

Vos élus du CSE, bien conscients de la présence de nombreux risques professionnels au cœur de notre organisation, ont donc décidé de pousser fortement  la direction récalcitrante à réagir en proposant leur propre programme, centré sur les risques psychosociaux.

A partir d’échanges et d’entretiens avec les salariés, les élus ont  mieux compris comment nous pouvions nous faire mal en travaillant chez Worldline. Cette analyse a permis aux élus de dégager plusieurs mesures visant à améliorer la prévention et à éviter des drames.

En synthèse, les propositions du CSE s’articulent autour du temps de travail. C’est en effet un élément structurant, mesurable, et annonciateur des accidents (un épuisement professionnel par exemple). Mieux comprendre le temps de travail des équipes et leurs charges de travail permettrait aux représentants et à la direction d’intervenir avant que la situation d’une équipe dégénère et provoque un accident.

Les propositions principales du CSE sont les suivantes :

  1. Décompter le temps de travail par équipe, par salarié, etc.[1]
  2. Informer le CSE lorsque des équipes travaillent au-delà des durées maximales quotidiennes et hebdomadaires[2]
  3. Procéder à une évaluation approfondie des risques professionnels au sein de Worldline afin de se doter d’un véritable Document Unique d’Evaluation des Risques professionnels (DUER) qui mette en place une politique de prévention efficace[3]
  4. Suivi mensuel des « escalades » en HNO déclenchées au sein de Worldline par le CSE[4]
  5. Suivi mensuel des résultats des différentes « baromètres » de la santé au travail utilisés dans les différentes équipes de Worldline
  6. Suivi mensuel du taux d’absentéisme
  7. Création d’un poste de préventeur

La direction rejette les propositions des représentants du personnel

La direction balaye les propositions du CSE bien qu’elle partage son constat : les risques psychosociaux sont omniprésents dans notre organisation. Elle préfère s’entêter dans sa manière de faire qui semble pourtant très insuffisante pour prévenir efficacement les risques. Tout ça pourrait être comique si notre objet n’était pas aussi grave : des dépressions, des épuisements, des corps qui souffrent, des arrêts-maladie.

La discussion autour de la proposition de décompter le temps de travail va nous permettre de comprendre le petit jeu de la direction.

Son refus d’appliquer une disposition – qui est pourtant une obligation légale – s’articule autour de 3 « ingrédients » :

  1. une bonne dose de mauvaise foi : la direction s’entête à vouloir faire croire aux élus que l’outil SAXO est un outil de décompte du temps de travail. Ce n’est évidemment pas le cas, SAXO permettant juste de déclarer nos heures supplémentaires[5].
  2. une pincée de mauvaise foi (pour rehausser le tout) : la direction tente laborieusement d’associer le décompte du temps de travail à la mise en place d’un horaire collectif de travail : décompter reviendrait à imposer des horaires identiques pour nous tous. Las, le code du travail nous dit exactement l’inverse : dès lors que les horaires sont figés, il n’y a aucun intérêt à décompter le temps de travail car le respect des durées est assuré. A l’inverse, lorsque les horaires sont individualisés, chacun faisant ce qui lui plait, il est indispensable de veiller au temps de travail pour assurer la santé des salariés.
  3. Et finalement un zeste de mauvaise foi (afin de terminer sur une note exotique) : ce ne serait pas la direction qui refuserait de décompter le temps de travail, mais les salariés qui ne le voudraient pas ! Nous ne savons pas d’où cela sort, mais nous sommes heureux d’apprendre qu’il suffit à présent que les salariés souhaitent quelque chose pour que la direction s’exécute (quitte à se soustraire à ses obligations légales).

La fragilité de cet argumentaire de la direction doit nous interroger. Pourquoi préfère-t-elle enfreindre la loi en ne décomptant pas le temps de travail, alors qu’un tel décompte permettrait de mieux prévenir les risques psychosociaux au sein de Worldline?

La bataille des risques

La réponse nous semble évidente étant donné la nature de la direction : comptable, près de ses sous, soucieuse de ses coûts.

C’est donc par calcul qu’elle préfère invisibiliser le temps de travail au sein de Worldline, car cela lui procure un avantage – sonnant et trébuchant – plus important que le bénéfice qu’elle tirerait de sa mise en lumière.

Quel avantage ? Nous avons tous la réponse à l’énigme : la réalisation de nombreuses heures de travail bénévoles par les salariés (4 petites heures cette semaine, 2 heures par-ci, un petit coup de fil le weekend par-là, etc.). L’avantage financier est donc immédiat.

Mais l’intérêt du choix de la Direction ne se limite pas là : en ne rendant pas mesurable le temps de travail, la direction se protège d’un risque juridique qui pourrait éclater à la suite de la rupture des contrats de travail. Un décompte faciliterait les recours des salariés mécontents ; qui pourraient alors taper à la porte d’un juge et réclamer le paiement d’heures supplémentaires … en apportant la preuve irréfutable qu’ils ont travaillé bien au-delà de 37 heures par semaine durant les 3 années précédentes. Les sommes en jeu sont faramineuses !

La direction procède donc à une comparaison (comptable) entre plusieurs risques : risque prud’homal vs risques psychosociaux. Elle les soupèse, les évalue et finalement décide que la « prévention » du risque prud’homal doit primer sur la prévention des risques psychosociaux. « L’éthique » de notre direction privilégie la finance à la santé. Ou plus concrètement, elle estime qu’il vaut mieux fermer les yeux sur le temps de travail au risque qu’un salarié soit blessé, plutôt que de fragiliser sa position face à un juge.

Comprendre le paradigme dans lequel raisonne la direction doit nous permettre de réaliser que c’est finalement contre nous que ce choix est fait. Ne pas décompter le temps de travail chez Worldline ne procure aucun avantage aux salariés. Cette affirmation doit être une évidence pour nous tous. Ensemble, exigeons que notre temps de travail soit mis en lumière !

Des questions ? Des commentaires ? Un formulaire juste en dessous vous permet d’échanger ensemble et avec l’équipe CFTC, n’hésitez pas 🙂

Bien à vous

Toute l’équipe CFTC


[1] La proposition est simplement un rappel d’une disposition légale qui n’a jamais été appliquée chez Worldline. Voir l’article L3171-2 du code du travail.

[2] Là encore cette proposition est un rappel d’une disposition légale qui n’a jamais été respectée chez Worldline. Voir l’article  L. 3121-21 du code du travail.

[3] Bien que l’évaluation préalable à l’établissement du DUER soit obligatoire (voir l’article L. 4121-3 du code du travail), la direction n’a jamais réellement réalisé ce travail.

[4] La pratique des escalades est illégale, elle est pourtant au cœur de notre organisation

[5] Le décompte s’appliquerait aussi aux salariés ne réalisant pas d’heure supplémentaire mais qui pourraient néanmoins se mettre en danger : régulièrement un salarié travaille 12h le lundi pour assurer le suivi de mise en production, puis compense ses horaires durant la semaine pour atterrir sur 37 heures.

One commentOn La bataille des risques

  • Un salarié qui ne déclare pas d'heure sup

    Est-ce qu’on peut faire une enquête sur le nombre d’heures estimées que les salariés passent au travail et le comparer aux heures réelement payées (heures de base + heure sup) ?

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