La responsabilité sociale de Worldline

In Doc de référence 2018

Le document de référence 2018 innove en intégrant au cœur même du rapport une partie copieuse sur la responsabilité sociale de l’entreprise. Cette nouveauté est positive et traduit, nous semble-t-il, la volonté de la Direction d’entremêler notre activité à un développement durable et responsable.

Nous ne souhaitons pas réaliser une synthèse des informations du document de référence sur cette thématique. Nous préférons soulever au fil de notre lecture des interrogations, des remarques, des esquisses de proposition, afin de commencer tous ensemble à s’emparer de ces sujets.

Très bonne lecture !

Comment Worldline relève les défis sociaux ?

La réponse à cette question nous est donnée à la page 83 du document dans un paragraphe synthétique où l’on retrouve finalement des choses assez classiques : attractivité de l’entreprise, professionnalisme des équipes, expertises des salariés, équité, diversité et transparence.

C’est très bien de réaffirmer tout ça, mais malheureusement il est regrettable que la Direction fasse l’impasse sur la dimension collective de la réponse : à aucun moment elle souligne sa volonté d’être à l’écoute des salariés, de les impliquer, rien n’est dit sur le rôle des représentants du personnel et sur celui des organisations syndicales. C’est doublement choquant : premièrement car nous ne voyons pas comment une bonne réponse à un défi social pourrait se construire sans les salariés. Ensuite, car la Direction use du travail des représentants des salariés pour attirer et pour communiquer sur « l’attractivité » de l’entreprise. D’un côté elle prend mais elle ne lâche rien de l’autre.

Comment Worldline relève les défis environnementaux ?

« La stratégie de faible émission de carbone de Worldline se concentre donc sur l’optimisation de l’efficacité énergétique et la réduction des émissions de CO2 issues de ses data-centers, de ses bureaux, des déplacements professionnels et du cycle de vie de ses terminaux de paiement. Worldline s’engage également à soutenir l’économie circulaire via la gestion de ses déchets électroniques, en les réduisant dans la mesure du possible (virtualisation de serveurs) et en recyclant systématiquement les composants de ses terminaux de paiement. »[1]

Là encore, nous apprécions la volonté de la Direction de minimiser et d’optimiser nos consommations. C’est indispensable dans le contexte sociétal actuel.

Néanmoins nous regrettons que l’engagement environnemental de Worldline demeure encore à la marge de notre stratégie économique : « L’ambition de Worldline repose sur le principe de valeur partagée selon lequel la création de valeur économique génère également de la valeur pour la Société, en répondant à ses besoins et en contribuant à ses enjeux, en d’autres termes, en alliant la réussite de l’entreprise au progrès social »[2]. Autrement dit, nos projets ne sont pas pensés à travers une grille d’analyse responsable et environnementale. Un business quel qu’il soit sera bon pour la Société à travers la richesse qu’il créera. Nous sommes persuadés que cette logique n’est pas à la hauteur des enjeux environnementaux.

Notre inquiétude pourrait se formuler de la manière suivante : la Direction Worldline accepterait elle de ne pas répondre à un appel d’offre tout simplement car l’impact environnemental et sociétal du projet serait trop négatif ? Esquisser des éléments de réponse à cette question nous semble aujourd’hui obligatoire.

Les objectifs de développement durable de Worldline

Précisons notre pensée : la Direction se félicite d’avoir atteint un chiffre d’affaires de 816 millions d’euros en 2018 en commercialisant des solutions durables « contribuant au progrès social et environnemental »[3]. C’est évidemment très bien sur le papier.

Mais rentrons dans les détails : la Direction s’appuie sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies[4] pour évaluer ses offres. A travers une méthodologie interne Worldline, l’ensemble de nos offres ont été évaluées afin de mesurer leurs bénéfices sur les plans économique, social, éthique et environnemental. Il est ensuite facile de calculer la contribution financière de chacune de nos offres aux objectifs de développement durable de l’ONU.

Le résultat est le suivant :

Chiffre d’affaire de Worldline 2018 répartis selon les ODD de l’ONU (Source : document de référence Worldline 2018)

Quelques remarques globales :

  • Etant donné l’équivocité des différents objectifs de développement durable de l’ONU, nous regrettons que la Direction n’ait pas présenté de manière détaillée sa manière d’évaluer les offres Worldline. En l’état et sans information complémentaire, il est très difficile de conclure à un quelconque intérêt durable de nos offres.
  • D’autant plus lorsque nous constatons que les objectifs n°16 et n°9 sont les principaux contributeurs à l’atteinte des objectifs : « Paix, justice et institutions efficaces » (n°16) et « Travail décent et croissance économique » (n°8) arrivent largement en tête avec respectivement 254 et 239 millions d’euros. Mais comment être sure que des institutions plus efficaces et une croissance économique sont obligatoirement synonymes de développement durable[5] ?
  • En l’état, il est très difficile de conclure sur les effets sociétaux positifs des offres Worldline.  Ouvrir le process d’évaluation des offres est un prérequis indispensable afin que nous puissions mieux comprendre nos impacts et nos manières de progresser.
  • Nous craignons également que notre contribution à l’atteinte des objectifs de développement durable soit plus liée à la dynamique du marché qu’aux conséquences de notre politique. D’un rôle moteur et actif, nous serions finalement à la traine d’évolutions sociétales.

Les actions concrètes de Worldline

Analysons à présent les actions concrètes menées par Worldline pour affirmer son statut d’entreprise « responsable » :

Les achats

Worldline « s’engage sans réserve à développer des achats responsables »[6] en vue « de réduire « ses risques techniques, environnementaux (Green IT), humains (sociaux) et financiers »[7].  

Worldline est également engager à peser sur ses fournisseurs afin qu’eux aussi s’impliquent activement dans une démarche RSE. Par exemple, la Direction de Worldline Inde est en attente d’information de son fournisseur de terminaux sur « son plan de réduction des émissions de CO2, sa politique l’approvisionnement en minerais afin de garantir que les minerais utilisés dans la totalité des produits livrés proviennent de zones exemptes de conflit, sa politiques relatives aux conditions de travail,  afin de garantir la santé et la sécurité dans son usine de production. »[8]

Plusieurs Labels (Niveau Or chez Eco Vadis, score de 87/100 pour l’indice Gaia) viennent valider la réalité de cette démarche.

Sans aucun doute ces actions sont positives.

En revanche, nous devons faire beaucoup plus et ne pas nous contenter d’un engagement « mou » qui est loin d’être contraignant pour nos fournisseurs.  

On reste circonspect sur les intérêts de ce genre d’engagement: « Si des produits contiennent des minerais issus de zones de conflit […] adopter une politique et des procédures de vigilance afin de garantir, dans la mesure du raisonnable, que les métaux « 3TG » (étain, tungstène, tantale et/ou or) contenus dans leurs produits ne sont pas une source de profits pour des groupes armés »[9].  

Le local

Plus de 1,3 millions d’euros d’investissement pour « financer des actions au profit des communautés locales et de la société au sens large »[10] qui comprennent des  « dons aux organisations caritatives et sociales, une implication dans des projets informatiques responsables et les relations et partenariats avec les établissements scolaires et universités ainsi que le mécénat de compétences » [11]. Le rapport ajoute que plus de 13 millions d’euros de subvention d’euros ont été reçues par Worldline. Notre balance est donc loin d’être positive.

Le carbone

Worldline s’engage dans une stratégie de réduction des émissions de CO2 à travers plusieurs objectifs et son adhésion à la Charte Climat « Paris Action Climat » :

  • Réduire chaque année l’intensité carbone de Worldline de 2%
  • Approvisionner 100% de la consommation totale d’électricité du Groupe en énergies renouvelables
  • Compenser d’ici 2020 l’ensemble des émissions de CO2 résultant de ses activités

Apparemment les actions de Worldline portent leurs fruits avec plusieurs objectifs atteints en 2018 :

  • Réduction des émissions de 85% des data-centers[12]
  • Programme volontaire de compensation carbone avec le financement d’un parc éolien en Inde générant plus de 160MW d’électricité « propre ». 100% de nos émissions de CO2 sont ainsi compensées (data centers, terminaux, bureaux et déplacement)[13]
  • 100% de l’électricité de Worldline France est renouvelable[14]

Conclusion

Comme nous le disions précédemment, nous continuons à penser qu’un véritable changement d’état d’esprit doit s’opérer si nous souhaitons être à la hauteur des enjeux écologiques actuels.

Worldline s’active pour être un acteur « green » sur le marché des paiements. Elle mène de nombreuses actions positives et pourtant nous ne parvenons pas vraiment à y croire. L’absence d’implication réelle des salariés sur ces enjeux, directement ou à travers leurs représentants, laisse une impression de déconnexion entre des actions très globales et le foisonnement d’alternatives responsables locales dont on ne se saisit pas.

Il semble nécessaire de progresser ensemble afin de réussir à s’imprégner collectivement d’une logique responsable.  Nous devons concilier une démarche globale et la construction de réponses aux problématiques et aux attentes des salariés sur nos différents sites.

Toute l’équipe CFTC

Bien à vous


[1] Document de référence Worldline 2018, p.83 et suivante

[2] Ibid.

[3] Document de référence Worldline 2018, p.85

[4] https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/

[5] Voir par exemple les conséquences globales du déploiement dans plus de 170 stations-service Total et plus de 600 points de vente indépendants dans plusieurs pays africains de la plateforme Guichet Unique

[6] Document de référence Worldline 2018, p.172

[7] Ibid. Voir également p.174

[8] Ibid.

[9] Document de référence Worldline 2018, p.172

[10] Ibid. Voir également p.177

[11] Ibid.

[12] Document de référence Worldline 2018, p.183

[13] Ibid.

[14] Document de référence Worldline 2018, p.186

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