Sur le projet de distribution aux actionnaires ATOS de 23% du capital de Worldline

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La nouvelle est tombée mardi 29 janvier à la suite d’un conseil d’administration Atos : le conseil envisage de distribuer aux actionnaires de la société sous forme d’un dividende en nature, environ 23,4% du capital social de Worldline sur les 50,8% actuellement détenus par le Groupe Atos.

Rien n’est encore fait aujourd’hui, le projet devant être validé par les actionnaires lors de l’assemblé général du 30 avril 2019. Cela devrait être une formalité. Il nous reste donc 3 mois pour comprendre ce projet, ses conséquences et préparer les Groupes Atos et Worldline à vivre chacun de leurs côtés.

Nous vous proposons aujourd’hui une très rapide synthèse des échanges ayant eu lieu hier soir lors d’une réunion extraordinaire du Comité d’Entreprise Worldline.

Très bonne lecture !

Sur les motivations du projet

Devenir autonome

C’est le premier élément de réponse selon la Direction Worldline: ne plus consolider les résultats Worldline dans les résultats d’Atos. Pourquoi ? Tout simplement parce que les deux groupes commençaient à se faire de l’ombre et à se gêner mutuellement. Au niveau commercial aucun problème : les 2 sociétés continueront à travailler main dans la main à travers une alliance. Les frictions résident plus dans la concurrence autour des choix d’investissements stratégiques : Quels projets de croissance externe privilégier dans les limites d’une dette acceptable pour le groupe Atos ? Quel arbitrage entre un projet Atos et un projet Worldline ?

L’intégration des résultats de Worldline dans ceux du Groupe Atos fait porter sur les épaules de ce dernier les dettes potentielles du premier. Devenir autonome permet à chacun de gérer sa dette comme il le souhaite afin de pouvoir au mieux dérouler sa stratégie de croissance.

Là réside un premier intérêt de cette opération.

Distribuer des dividendes & Faire plaisir aux dirigeants

La Direction d’Atos souhaite distribuer en nature des actions à ses actionnaires pour environ 23,4% du capital de Worldline. Faire plaisir à ses actionnaires, les inciter à investir dans le groupe semblent donc être la seconde motivation du projet.

Pourquoi pas … nous sommes plus circonspects sur le chèque à payer pour cette petite gâterie : 

La valorisation actuelle de Worldline au 31 janvier est de 8 544M€. Le groupe Atos va distribuer en nature 23.4% du capital de Worldline, soit à la valorisation actuelle, environ 2 milliards d’euros !!

Vous avez bien lu : 2 milliards d’euros !

En comparaison l’intéressement chez Worldline dépasse péniblement les 3 millions d’euros. Notez également qu’une enveloppe de quelques millions (800 000€ chez Worldline) devrait suffire pour financer les primes PEPA chez Atos et Worldline.

Plus concrètement pour 5 actions Atos détenues, l’actionnaire percevra 2 actions Worldline. A votre avis qui devraient être les grands gagnants de cette opération ? En première ligne les membres de la Direction générale évidemment!

Faire plaisir aux salariés

Bizarrement, rien n’a été évoqué sur ce sujet. Atos distribue 2 milliards de dividendes mais ne prend pas même la peine de réfléchir à un petit cadeau pour les salariés.

Sur les conséquences du projet 

Sur Worldline

La représentation d’Atos au sein du conseil d’administration diminuerait afin d’être cohérente avec le capital qu’elle détiendra. Inversement des nouveaux administrateurs indépendants devraient faire leurs entrées dans le conseil.   

Néanmoins, Atos conserverait environ 27,4% de parts dans le capital social de Worldline et demeurerait l’actionnaire principal de l’entreprise devant SIX (26.9%). Cette opération porterait le capital flottant à hauteur de 45.7%.

Sur la montée en puissance de SIX

Ce petit tour de passe permettait donc à SIX de monter en puissance au sein du conseil d’administration de Worldline. L’entreprise serait alors codirigée par Atos et par Six.

Est ce que cela pourrait avoir des conséquences sur la stratégie de l’entreprise? Nos emplois ? Nos métiers? etc. Là réside évidement une des questions principales de ce deal.

Risquons nous à quelques hypothèses: tout ce petit mic mac sur « la prise de pouvoir » de SIX au sein de Worldline avait du être négocié au moment du rachat de SIX par Worldline. SIX ne souhaitait pas intégrer Worldline sans récupérer au passage la possibilité de co-diriger l’entreprise. Et c’est bien ça qui pourrait nous poser quelques problèmes. SIX étant une boite de paiement pur et dur, on se demande un peu comment sa Direction réagira en découvrant la diversité de nos activités (et tout particulièrement en France) et l’hétérogénéité de la profitabilité de nos business.

Autrement dit on s’inquiète un peu sur le devenir des différentes GBL de Worldline et plus particulièrement sur nos activités MTS et MS.


Sur un risque d’OPA

Un risque d’OPA hostile, toujours possible, reste très improbable dans un contexte industriel où la richesse de Worldline réside principalement dans ses salarié-e-s. Arriver en voleur chez Worldline risquerait de braquer une partie de la Direction et des salarié-e-s et de faire capoter la tentative de prise en main de l’entreprise.

Sur Atos

Nous avons bien du mal à comprendre l’intérêt stratégique de cette opération pour Atos. Pourquoi distribuer autant de capital de Worldline sous forme de dividende alors qu’Atos, semblerait il, souhaite continuer à dérouler sa stratégie de croissance externe? Un tel cadeau aux actionnaires ne risque t-il pas de nuire finalement aux projets de développement de l’entreprise?

Sur la politique sociale

De nombreux accords, signés au niveau du Groupe Atos, s’appliquent aujourd’hui chez Worldline. Demain, des lors l’opération sera effective, ces accords deviendront obsolètes.

Nous pensons par exemple aux accords encadrant la mutuelle et la prévoyance, etc. La Direction de Worldline devrait très prochainement revenir vers nous afin de s’atteler à préparer au mieux le basculement des accords Atos vers des accords maison pour Worldline.

Notez également, que l’autonomie de Worldline rendra obligatoire la mise en place d’un comité d’entreprise européen pour le Groupe.

Beaucoup de travail en perspective …

Sur des risques éventuels

Pour l’instant, nous ne réussissons pas à identifier clairement comment ce projet pourrait faciliter les coups bas chez les salariés de Worldline et d’Atos.

Est-ce que cela constitue un premier pas avant qu’Atos se sépare complétement de Worldline ? Est-ce que ce désengagement faciliterait une montée en puissance d’une logique encore plus financière (Quel avenir pour MTS face à MS et Equens ?) Est-ce rien de plus qu’une manière de redorer l’action Atos et d’enrichir les actionnaires avant une assemblée générale qui s’annonçait houleuse pour notre PDG ? Quels risques cette opération représente pour Atos et ses salariés ? Se séparer de sa pépite est-il annonciateur d’un démembrement plus important du Groupe Atos ?

La suite

La prochaine réunion du Comité d’Entreprise de Worldline aura lieu le vendredi 8 février. Toute votre équipe CFTC tentera de mieux comprendre ce projet et d’obtenir des réponses aux nombreuses interrogations.

N’hésitez pas à nous contacter 🙂

Bien à vous

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